mercredi 8 juin 2016

Pourquoi commémorons-nous le 22 mai 1848?

Nous commérons le 22 mai 1848 parce que c’est à cette date que les esclaves d’une habitation de Saint-Pierre se sont révoltés car ils savaient qu’un décret avait aboli définitivement l’esclavage depuis le 27 avril 1848 sous l’impulsion du député alsacien Victor Schœlcher.

Mais pensez-vous que les esclaves ont attendu le 22 mai 1848 pour demander leur liberté ?

Non, les esclaves n’ont pas attendu cette date. En effet, comme le rappelle Aimé Césaire dans son discours de Trénelle du 22 mai 1971, les esclaves se sont révoltés plusieurs fois depuis le début de l’esclavage surtout au début du XIXe siècle.

Et c’est en citant Victor Schoelcher qu’Aimé Césaire nous rappelle qu’"Il ne s’écoule jamais dix années sans que les noirs ne protestent par quelques violences contre l’état où on les maintient.

Voyez à la Martinique seule et sans remonter plus haut que 1811.

En 1811 : révolte

En 1822 : révolte

En 1823 : révolte

En 1831 : révolte, la conjuration générale, elle éclate au cri de la liberté et la mort ! En trente ans, quatre cinq insurrections de Nègres ! ».

Depuis qu'il y a eu réunion d'hommes, les opprimés n'ont jamais rien obtenu des oppresseurs que par la force, et si chaque pas de la liberté est marqué de sang, c'est une nécessité qu'il faut reconnaître avec moi, mais dont on ne peut accuser que l'impuissance ou la méchanceté providentielle.

1848 n'a-t-elle pas constitué la divine surprise, la divine exception, à cette loi d'airain et de sang ? Et parler de 1848, n'est-ce pas précisément évoquer une époque particulièrement faste, où par un bonheur inouï, des hommes de conscience auraient, réveillant toute une Nation à la beauté des sentiments altruistes, obtenu d'elle l'abrogation d'un régime colonial inique.


Le 22 mai 1848 à Saint-Pierre la population esclave se soulève, occupe la ville, incendie l'habitation des Abbayes, livre de sanglants combats au cours desquels 35 personnes trouvent la mort...


Le Gouverneur Rostoland cette fois-ci comprend et ce fut l'arrêté du 23 mai 1848 : article 1er :


L'esclavage est aboli à partir de ce jour à la Martinique.

Eh bien, martiniquais et Martiniquaises, voilà l'événement que nous célébrons aujourd'hui une liberté non pas octroyée mais arrachée de haute Lutte ;

Une émancipation non pas concédée mais conquise, et qui enseigne à tous et d'abord aux martiniquais eux-mêmes, que s'il est vrai que la Martinique est une poussière, il y a cependant des poussières habitées par des hommes, qui méritent pleinement le nom d'hommes et cette assurance voyez-vous, est de celles qui nous autorisent à regarder le présent avec plus de fermeté et de toiser l'avenir avec plus d'insolence."*


Il faut que vous sachiez que le 22 mai en Martinique est férié seulement depuis 1983, après l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand . Et qu’en France les commémorations nationales de l’abolition de l’esclavage ont lieu le 10 mai, car le 10 mai 2001 Christiane Taubira députée de Guyane de l’époque a fait reconnaître l’esclavage comme un crime contre l’humanité.

*Extrait discours de Trénelle 22 mai 1971 d'Aimé Césaire.

N'goala Raymonde.